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S’il y a un régime que tout le monde a en tête, c’est celui de la RATP : grèves de 2019, débats sans fin, symbole brandi à chaque réforme. Pourtant, son intérêt n’est pas dans la polémique — il est dans ce qu’il enseigne. La RATP est le cas d’école le plus net pour comprendre une mécanique souvent mal lue : ce que « fermer un régime » change vraiment, et quand.
4ᵉ épisode. Voir l’architecture d’ensemble (épisode 1), puis la SNCF et les IEG pour les comparaisons de financement.
La caisse et les règles
Le régime est géré par la CRP RATP (Caisse de retraites du personnel de la RATP), organisme de Sécurité sociale de droit privé, autonome de l’entreprise depuis 20061. C’est un régime spécial de base, avec ses règles propres.
Le calcul. Comme à la SNCF, la pension repose sur les 6 derniers mois : à taux plein, elle vaut 75 % du dernier salaire (hors primes), ajustée par la durée de services et d’éventuelles décote / surcote2.
Les âges. Le régime distingue les catégories d’emploi :
- conducteurs (bus, métro, RER — « catégorie active ») : départ possible dès 52 ans (avec 27 ans de services) ;
- personnels de maintenance : 57 ans ;
- sédentaires : 62 ans.
La durée pour le taux plein (168 trimestres) est relevée vers 172, comme dans le privé, par la réforme de 2023 appliquée au régime depuis le 1ᵉʳ janvier 20252. Détail révélateur du statut : pour être recruté au statut, il fallait avoir au plus 35 ans.
Qui paie : encore une subvention d’État
Comme la SNCF — et à l’inverse des IEG —, la RATP ne s’autofinance pas. Le régime verse environ 1,2 Md€ de pensions par an à quelque 52 000 retraités, pour seulement ~40 000 cotisants : un ratio d’environ 0,8 cotisant par retraité3. Les cotisations (12,95 % côté salarié, 19,02 % côté RATP) ne suffisent pas.
L’écart est comblé par une subvention d’équilibre de l’État, qui couvre près de 62 % des dépenses — soit ~780 M€ en 20233. Et cette compensation est appelée à monter : le responsable de la caisse l’estimait à environ 1,2 Md€ pour 20264, conséquence directe de la fermeture du régime.
Le cœur du sujet : « fermer » ne veut pas dire « économiser tout de suite »
Le régime est fermé aux nouveaux entrants depuis le 1ᵉʳ septembre 2023 : tout agent recruté après relève du régime général + Agirc-Arrco5. C’est la clause du grand-père (cf. épisode 1) : on n’a rien retiré aux agents en poste, on a stoppé les entrées.
Mais c’est précisément là que l’intuition se trompe. Fermer un régime ne le rend pas moins coûteux à court terme — au contraire. Tant qu’on recrutait, de nouveaux cotisants payaient pour les retraités. En coupant les entrées, on assèche les cotisations avant d’éteindre les pensions : le déséquilibre s’aggrave d’abord, et la subvention d’État augmente pendant des années. Elle ne refluera que lentement, à mesure que le groupe fermé s’éteint — sur cinquante ans environ, le temps que le dernier agent entré fin 2019 parte puis disparaisse.
À retenir
- Régime géré par la CRP RATP ; pension à taux plein = 75 % des 6 derniers mois ; départs anticipés pour les conducteurs (52 ans), plus tardifs pour maintenance (57) et sédentaires (62).
- Financé à ~62 % par l’État (~780 M€ en 2023, en hausse) car ~0,8 cotisant par retraité — comme la SNCF, à l’inverse des IEG.
- Fermé aux nouveaux depuis 2023 : la subvention monte d’abord, puis s’éteint sur ~50 ans. « Fermer » ≠ « économiser tout de suite ».
- La fermeture a un effet de bord d’attractivité/recrutement : un régime spécial est aussi un outil RH.
Prochain épisode : les marins et l’ENIM — le plus ancien régime de France (1673), et une logique de cotisation à nulle autre pareille.
Cet article est de l’information générale et ne constitue pas un conseil. Les règles et chiffres cités sont ceux connus à la mi-2026 et évoluent à chaque réforme.
Caisse de retraites du personnel de la RATP (CRP RATP), organisme de Sécurité sociale de droit privé, autonome de la RATP depuis 2006. CRP RATP — présentation ; COR — fiche RATP . ↩︎
Pension à taux plein égale à 75 % du salaire des 6 derniers mois (hors primes), pondérée par la durée de services. Âges d’ouverture : 52 ans pour la catégorie active (conducteurs, sous condition de services), 57 ans pour la maintenance, 62 ans pour les sédentaires ; durée d’assurance portée de 168 à 172 trimestres par la réforme de 2023, appliquée au régime depuis le 1ᵉʳ janvier 2025. La retraite en clair — RATP ; CRP RATP — le régime spécial . ↩︎ ↩︎
Le régime verse environ 1,2 Md€ de pensions par an à ~52 000 retraités pour ~40 000 cotisants ; cotisations de 12,95 % (salarié) et 19,02 % (RATP) ; subvention d’équilibre de l’État couvrant ~62 % des charges, soit ~780 M€ en 2023. COR — fiche RATP . ↩︎ ↩︎
Selon le responsable de la caisse, la compensation de l’État devrait atteindre environ 1,2 Md€ en 2026, du fait de la fermeture du régime. Public Sénat . ↩︎
Régime spécial de la RATP fermé aux nouveaux entrants depuis le 1ᵉʳ septembre 2023 (réforme des retraites de 2023) : les agents recrutés après cette date relèvent du régime général et de l’Agirc-Arrco. Previssima . ↩︎