Le régime de retraite des IEG (EDF, Engie, Enedis, GRDF…)

Souvent confondu avec celui de la SNCF, le régime des électriciens et gaziers s'en distingue sur un point décisif : il ne reçoit aucune subvention d'État. Comment il se finance vraiment (oui, la CTA sur votre facture), et la couche de capitalisation — le PERO — posée au-dessus.

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On range souvent le régime des Industries électriques et gazières (IEG) dans le même tiroir que celui de la SNCF : « encore un régime spécial subventionné ». C’est faux sur le point le plus important — les IEG ne touchent aucune subvention d’État. Mieux : ce régime est un condensé de tout le système français, parce qu’il superpose, dans le même secteur, de la répartition (le régime spécial) et de la capitalisation (le PERO). De quoi en faire le cas d’école de la série.

3ᵉ épisode. Le 1ᵉʳ — la répartition et les « 42 régimes » — pose le vocabulaire ; le 2ᵉ — la SNCF — sert ici de point de comparaison.

La caisse et le périmètre

Le régime couvre les salariés de la branche des IEG : EDF, Engie, Enedis, GRDF, RTE, ainsi que les entreprises locales de distribution (ELD). Il est géré par la CNIEG (Caisse nationale des industries électriques et gazières), créée en 2005, qui fait partie de la Sécurité sociale1. C’est un régime spécial de base : il remplace, pour ces agents, le régime général et le complémentaire.

Le vrai sujet : un régime financé sans l’État

Depuis la réforme de 2004-2005, le financement repose sur trois canaux — aucun n’est une subvention du budget de l’État2 :

  1. L’adossement. Le secteur cotise au régime général (Cnav) et à l’Agirc-Arrco comme si ses agents y étaient affiliés ; ces régimes versent en retour l’équivalent des « droits de base ». Le régime spécial ne paie, sur ses fonds propres, que le surplus par rapport au droit commun.
  2. La CTA (Contribution tarifaire d’acheminement). Elle finance les droits passés antérieurs à 2005 des activités régulées (transport et distribution) — et elle figure, comme une ligne identifiée, sur les factures d’électricité et de gaz.
  3. Les entreprises IEG, qui financent directement les droits spécifiques passés des activités concurrentielles (production, commercialisation).
Comment se finance le régime IEG① Adossementcotisations → régime général + Agirc-Arrco② CTAsur les factures d'élec & gaz · droitspassés régulés (avant 2005)③ Entreprises IEGdroits spécifiques concurrentiels (~40 %)CNIEGverse les pensionsdes agents IEGSubvention de l'État : 0 € — financé par le secteur et ses usagers.
Trois canaux, zéro euro de subvention d’État : c’est la différence majeure avec la SNCF. Une partie passe par la CTA, payée par tous les usagers du réseau.

Les règles : services actifs, bonifications, âges

Comme à la SNCF, l’essentiel tient aux catégories de service. Les emplois pénibles classés en services actifs (et, historiquement, insalubres) ouvrent droit à des bonifications — des trimestres supplémentaires — et à des départs anticipés. Un agent justifiant d’au moins 15 ans de tels services peut partir plus tôt (de l’ordre de 59 ans pour les générations nées à partir de 1975, après réforme)3.

Le régime a été progressivement durci, d’abord par la réforme « Woerth » de 2010 (recul de 60 à 62 ans, resserrement des bonifications), puis par la réforme de 2023, transposée au régime par décret du 28 juillet 20233. La logique est la même que pour le privé : âges et durées relevés, avantages spécifiques rabotés — mais en conservant la structure du régime pour ceux qui y sont déjà.

Fermé aux nouveaux depuis le 1ᵉʳ septembre 2023

Comme plusieurs régimes spéciaux, celui des IEG est fermé aux nouveaux entrants depuis le 1ᵉʳ septembre 2023 (décret n° 2023-692 du 28 juillet 2023)4 : un salarié recruté après cette date relève du régime général + Agirc-Arrco. C’est, à nouveau, la clause du grand-père : extinction lente, rien retiré aux agents déjà en poste.

Au-dessus de la répartition : le PERO

C’est ce qui rend les IEG si pédagogiques : par-dessus le régime spécial (par répartition), la branche a mis en place une retraite supplémentaire par capitalisation. Historiquement, c’était le Régime supplémentaire de retraite (RSR), un dispositif obligatoire de type « article 83 » en place depuis 2009 pour les salariés du groupe EDF5. Avec la loi PACTE, il a été transformé en PERO (Plan d’épargne retraite obligatoire) : effectif au 1ᵉʳ avril 2023 chez Enedis et RTE, puis généralisé au groupe EDF par accord de groupe5.

Concrètement, un agent IEG cotise donc à deux étages superposés : un régime spécial par répartition (CNIEG) et un PERO par capitalisation (cotisations principalement patronales, capital investi, sortie en rente ou capital). C’est exactement la combinaison répartition + capitalisation qu’on détaillera dans l’épisode sur l’épargne entreprise — les IEG en sont l’illustration grandeur nature.

À retenir

  • Le régime IEG (caisse CNIEG) est un régime spécial de base couvrant EDF, Engie, Enedis, GRDF, RTE, ELD.
  • Sa singularité : aucune subvention d’État. Il se finance par adossement au régime général, par la CTA (sur les factures) et par les entreprises du secteur.
  • La CTA n’est pas un « financement déguisé » : c’est une ligne transparente fléchée vers les droits passés d’avant 2005 — son design se discute, pas sa nature.
  • Fermé aux nouveaux depuis 2023. Et au-dessus du régime spécial existe une couche de capitalisation (RSR → PERO) — répartition et capitalisation côte à côte.

Prochain épisode : la RATP — le régime le plus médiatisé, et le meilleur cas pour comprendre, chiffres en main, ce que « clause du grand-père » veut dire sur cinquante ans.

Cet article est de l’information générale et ne constitue pas un conseil. Les règles et chiffres cités sont ceux connus à la mi-2026 et évoluent à chaque réforme.


  1. Caisse nationale des industries électriques et gazières (CNIEG), créée en 2005, organisme de Sécurité sociale gérant le régime spécial d’assurance vieillesse, invalidité, décès des IEG. CNIEG — qui sommes-nous ? ; COR — fiche CNIEG↩︎

  2. « Le régime spécial de retraite est financé par le secteur des IEG sans apport d’aides de la collectivité nationale (subvention d’État). » Financement par adossement aux régimes de droit commun (Cnav, Agirc-Arrco) et par les entreprises pour les droits spécifiques concurrentiels (~39,57 %). La Contribution tarifaire d’acheminement (CTA) est instituée par l’article 18 de la loi n° 2004-803 du 9 août 2004 (en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2005) ; selon la CNIEG, elle finance « la part des droits passés antérieurs au 1ᵉʳ janvier 2005 des activités de transport et de distribution d’électricité et de gaz naturel » non couverte par l’adossement. (base légale citée par la CNIEG : article 18 de la loi n° 2004-803 du 9 août 2004). CNIEG — adossement et charges financées ; CNIEG — informations CTA↩︎

  3. Services actifs (et anciennement insalubres) ouvrant bonifications et départs anticipés ; départ possible vers 59 ans pour les générations 1975 et suivantes avec au moins 15 ans de tels services. Régime durci par la réforme de 2010 (60→62 ans, resserrement des bonifications) puis par la réforme de 2023. CFE Énergies — régime de retraite IEG ; La retraite en clair — IEG↩︎ ↩︎

  4. Fermeture du régime spécial des IEG aux nouveaux entrants au 1ᵉʳ septembre 2023 ; décret n° 2023-692 du 28 juillet 2023 relatif au régime spécial de retraite des industries électriques et gazières. Légifrance — décret n° 2023-692↩︎

  5. Régime supplémentaire de retraite (RSR) de type « article 83 », obligatoire et par capitalisation, en place depuis 2009 dans le groupe EDF, transformé en Plan d’épargne retraite obligatoire (PERO) avec la loi PACTE : effectif au 1ᵉʳ avril 2023 chez Enedis et RTE, puis au niveau du groupe EDF. Miroir Social — le RSR de la branche IEG devient un PERO ; FO Énergie — accord PERO RTE ; Ufict-CGT — le PERO à EDF↩︎ ↩︎

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nicolas
// rédacteur · solo

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